Bernie en taule

Publié le par Bureau de Washington

Blanchiment d'argent, fraudes sur des titres financiers, transactions et courriers électroniques,  faux et usage de faux...voilà quelque uns des 11 chefs d'accusation que Bernard Madoff, l'ex-directeur du Nasdaq devenu entre temps le plus grand arnaqueur de tous les temps vient de reconnaître ce matin lors de son audition. Jusque-là présumé innocent, le plaidé coupable permettra à l’escroc d'éviter la confrontation avec un jury populaire. Il n'y aura donc pas de procès Madoff ….juste une audience dans un peu plus de 3 mois dans laquelle le juge prononcera sa peine.                  

                                                                                                           

Le parquet a requis 150 ans de prison et 5 milliards de dollars contre Madoff ce qui équivaut a la peine maximale pour les faits qui lui sont reprochés. En décembre dernier, Madoff annonce à ses proches peu avant d’être cueilli par le FBI  « qu'il est fini. » Son système de cavalerie qui consistait à payer ceux qui investissaient dans sa société avec les capitaux apportés par les derniers investisseurs vient de s'écrouler. Avec la chute des marchés, tout le monde veut récupérer son argent. Mais Madoff ne l'a plus. Quand l'affaire éclate fin 2008, elle a l'effet d'une bombe. Elle porte l'estocade à Wall-Street déjà mal en point et aux autorités financières américaines, aux yeux et à la barbe desquels, l'ex-gérant de fonds a selon le parquet américain englouti plus de 65 milliards de dollars soit plus de 51 milliards d'euro, c'est-à -dire à peu près le PIB de l’Azerbaïdjan pourtant riche en pétrole.

 

                                                                                                                    

Pendant les 90 jours qui se sont écoulés depuis sa mise en examen, Madoff a constamment fait la une des journaux. En janvier, il a essayé de dissimuler aux autorités des bijoux pour une valeur de 1 million de dollars en les envoyant dans un paquet à ses proches. Mardi dernier, il confirmait au juge qu'il ne voyait pas d'obstacle à garder son avocat même si avec son schéma de Ponzi il a fait perdre près d'un million de dollars à la famille de ce dernier. Les victimes de Madoff ont en effet peu de chance de revoir les sommes qu’elles ont investies dans sa société a déclaré un juge fédéral interviewé par la chaîne MSNBC. Jusqu'à présent les autorités n'ont retrouvé qu'un milliard de dollars. Les investisseurs que Madoff a duppé viennent d'Amérique, d'Europe, d'Asie…et regroupent des banques, telles que la Société Générale et la BNP, des stars comme Steven Spielberg, des associations caritatives, des professions libérales et même des écoles.  S'addressant indirectement à celles-ci, Madoff a dit ce matin a au juge d’une voix fébrile qu’il se sentait « profondément désolé et honteux » et que s'il est là aujourd'hui «c'est pour accepter la responsabilité de [ses] crimes ».                                                                                                                                                                                                                                                                    

Conscient que malgré ses excuses Madoff restera une des personnes les plus haïes aux Etats-Unis, et dans le monde, les services de sécurité américains cherchent à limiter ses apparitions en public. Ce matin, c’est vêtu d’un gilet pare-balles qu’il s’est rendu en moins de 45 secondes de sa voiture au tribunal. Si sa vie reste sauve jusqu'au prononcement de sa peine le 16 juin prochain, c'est derrière les barreaux vraisemblablement qu'il finira ses jours alors même que les experts assurent que sa condamnation sera bien inférieure à 150 ans. L’homme âgé de presque 71 ans devrait prendre au moins 40 ans.

 

Jusque-là assigné à résidence dans son luxieux appartement de Manhattan, Madoff est reparti menotté du tribunal et a été mis en détention immédiate. La défense à cette fois-ci convaincu le juge que son placement en liberté surveillé jusqu’au prononcement de sa peine était trop risqué. Comme Madoff pourrait finir sa vie en prison, ses victimes craignaient qu’il cherche à s’évader ou à mettre fin à ses jours. Celles présentes au tribunal ont applaudi à l'annonce de son emprisonnement mais toutes espèrent qu'il ne s'agit-la que d'un point de départ ; elles veulent obtenir plus ; elles veulent savoir où est leur argent et si Madoff avait des complices. C’est pour faire toute la lumière sur cette affaire que quelques 45 cabinets avocats ont été saisi du dossier qui va engendrer dans les mois à venir plus de 22 000 procédures et que la constitution d’un tribunal international spécial a été demandée. "Bernie", comme le nomment ses amis, même derrière les barreaux pour le reste de sa vie n'en a pas fini de faire parler de lui.



                                                                       Benoit Sarrade 

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