Obama devra se contenter du téléphone arabe...

Publié le par Bureau de Washington

Pendant la campagne, devenir président pour Obama, c'était le moyen de changer le monde. A peine élu, il est vite retombé sur terre. C'est maintenant les petites contraintes de la vie de président qui le préoccupent. Devant les caméras de la chaîne CBS, il a raconté qu'en raison des mesures de sécurité inhérentes à son nouveau statut, il doit maintenant pour une simple coupe de cheveux, donner rendez-vous à son coiffeur dans des endroits secrets . Le 20 Janvier prochain, date à laquelle il deviendra officiellement président, il devra consentir pour les mêmes raisons à un sacrifice impensable pour lui. Abandonner...son blackberry.

Un blackberry, c'est un téléphone portable qui a la spécificité de permettre à son propriétaire de recevoir et d'envoyer des e-mails en temps réel, c'est-à-dire n'importe où et n'importe quand, car il fonctionne sans connexion internet. 
 
Pour Obama, se passer de cette technologie ne sera pas une mince affaire. D'une part, il a été un de ses premiers utilisateurs. Et depuis, où qu'il aille, il a son blackberry à la
main ou attaché à la ceinture. Pendant la campagne, on l'a souvent aperçu envoyer des e-mails et répondre à des coups de fil via son blackberry. C'était son moyen de communiquer avec son staff. Mais aussi avec ses amis. Au soir de sa victoire, le 4 novembre dernier, il a envoyé plusieurs e-mails, dont un où il  demande à un ami "alors, qu'est-ce que tu dis de ça!"

Justement sa vicoire, il l'a doit un peu aux e-mails. Obama en a fait un outil central de son dispositif de communication. Chaque jour, ses supporters recevaient des e-mails de lui-même ou d'un membre de son staff. Ce qui lui permettait de maintenir un lien direct et permanent avec l’ensemble de ses sympathisants. On se souvient aussi, qu'il a averti en avant-première ses supporters par e-mail et par SMS du nom de son vice-président.

Avec son élection, au même titre que sa vie de candidat, son passé "d'accro-berry" est révolu. En effet, la loi américaine  (the Presidential Records Act) dispose
 que tout président en fonction doit faire passer toutes ses correspondances, y compris ses courriels, par un registre officiel. A cela s'ajoute, le manque de fiabilité de la sécurité des e-mails (Sarah Palin en sait quelque chose). 
 

Ses conseillers ont déjà fait savoir qu'a priori, Obama ne s'opposera pas à cette règle.

Pour quelqu'un qui incarne le changement, et qui a ridiculisé John McCain dans ses spots publicitaires pour ne pas savoir envoyer un e-mail alors que lui passait pour le seul "computer guy" du Sénat, c'est un comble.

 

Obama a néanmoins dit qu'il introduirait un ordinateur portable dans le bureau ovale. Du coup, il marquera l'histoire à nouveau. Mais dans un autre registre cette fois. Après être devenu le premier président Afro-américain des Etats-Unis, il deviendra le premier président à avoir...un ordinateur dans son bureau.  Il sera autorisé à y recevoir des e-mails mais pour y répondre, il devra prendre...le téléphone. A priori, l'opération fonctionne aussi avec le blackberry. Sauf que les communications via des téléphones portables sont moins sécurisées. Du coup, pour Obama, le seul moyen de conserver son blackberry, c'est d’imiter Marcel Duchamp. C’est-à-dire de convaincre les costauds de son service de sécurité que le blackberry est une chose sublime, un matériel noble, qui mérite bien son surnom de "téléphone intelligent" et qu'à ce titre, il a la qualité d’oeuvre d'art et a ainsi toute sa place dans son burlingue.

 

A l’inverse, dans 65 jours, l'actuel président, George W. Bush pourra à nouveau utiliser en toute liberté son adresse email privée, que je joins à ce blog, au cas où certains veulent le remercier pour ses bons et loyaux services G94B@aol.com

                                                                                  Benoit Sarrade

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sofian 19/11/2008 16:39

en fait c est quoi la correspondance de de son blackberry avec le telephone arabe dans cette article, et si il en existe un telephone de ce genre, y a t il pas un telephone francais??

Bureau de Washington 20/11/2008 07:53



Aucun. Il n'y a pas de lien. Non, je déconne...


Pour prendre des décisions, Obama dit avoir besoin de recevoir des avis contradictoires. Il fonctionne un peu comme Hegel; c'est à dire, que c'est à partir d'opinions divergentes qu'il forme sa
synthèse, certains diraient supérieure. Or, pendant qu'il faisait campagne et qu'il n'avait pas une minute à lui, c'est précisément grâce à son Blackberry qu'il recevait ces opinions divergentes.
Que ce soit par exemple à partir d'un appel de deux conseillers en politique étrangère s'opposant sur les modalités du retrait des troupes en Irak ou que ce soit en lisant un article du Chicago
Tribune sur le plan Paulson ridiculisant les arguments d'un papier du Wall-Street Journal (copier-coller par un membre de son staff pour qu'il lui soit envoyés sur son Blackberry), Obama avait
constamment la possibilité de confronter deux opinions et ainsi de "voir la lumière". Dorénavant, avec sa nouvelle vie de président, il n'aura plus ce luxe. En effet, compte tenu des difficultés
actuelles de l'Amérique, il sera constamment en mouvement mais sans...blackberry. Du coup, pour peser le chaud et le froid sur un problème, Obama devra maintenant se fier aux dires de ses plus
proches collaborateurs rapportant les propos et les rapports écrits d'autres. Ce qui fait penser au "téléphone arabe" car le téléphone arabe consiste à faire circuler une information de
bouche à oreille. En comme il est difficile d'imaginer qu'un conseiller de Barack Obama s'amuse à lui souffler le chaud et le froid sur une même problématique à deux minutes
d'intervalle, j'ai pensé que le verbe se contenter de était approprié car c'est souvent quand on a a priori tout qu'on doit se contenter de rien. Obama président de la première
puissance a à première vue tous les outils pour prendre des décisions, sauf ceux qu'il privilégie.

Si ce n'est toujours pas clair faites le moi savoir.
Merci pour votre temps Sofian,
Benoît