Le rêve d'Obama

Publié le par Bureau de Washington

Pour un jour, pour un mois, pour un an avec la victoire d'Obama, les Etats-Unis sont redevenus aux yeux du monde ce que Ronald Reagan appelait la "ville scintillante au flanc de la colline". Ce carrefour des civilisations appelé à inspirer le monde. Pendant la campagne, Obama a inspiré des millions de personnes avec ses discours. Cela aurait pu lui être fatal car les républicains comme Hillary Clinton plutôt ont essayé de le faire passer pour un simple rêveur. Un naïf, deconnecté de la réalité, incapable de diriger la première puissance mondiale. Un écrivain, un orateur mais certainement pas un politique capable de rallier le parti républicain pour faire passer des lois. Mardi dernier avec son accession à la présidence des Etats-Unis son rêve a prévalu. Pourquoi? Et de quel rêve parle-t-on? 

Le rêve d'Obama est simple. Il se fonde sur ce que ce professeur de droit connaît de mieux. La Constitution américaine. Son rêve est écrit dans le préambule de la Constitution américaine ainsi que dans ses amendements premier et quatorze qui protégent la liberté d'expression et l'égalité entre les citoyens. Il se trouve aussi à l'article 4 qui prévoit que "les juges et les fonctionnaires doivent respecter la constitution". Donc Obama ne tend pas à décrire une société utopique. Il rappelle simplement qu'idéalement, l'Amérique a vocation à respecter sa propre constitution. Pour s'en convaincre, il suffit de relire son discours sur la question raciale qui commence par rappeler les premiers mots du préambule à la Constitution (« Nous, le peuple, dans le but de former une union plus parfaite »).

En plus d'être simple, écrit depuis plus de 200 ans, et connu de tous les Américains, son rêve à le mérite d'être impersonnel. Ce n'est pas de son rêve dont il parle. Mais d'un rêve plus grand. Celui des hommes qui sont employés à améliorer le destin de ce pays. C'est ce qu'il a encore rappelé  dans son discours victorieux où il a veillé à rattacher chacune de ses envolées lyriques à Lincoln, à JFK et implicitement à Martin Luther King.

 
Le rêve d'Obama est ensuite profondément américain. D'autres nations ont des constitutions plus généreuses que celle de l'Amérique. Comme par exemple, la France qui dans son actuelle constitution renvoie à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen qui parle de droits naturels (« droits inhérents à la nature humaine ») et  d'égalité des chances. Mais pour Obama ces articles constitutionnels ne sont ailleurs souvent que des mots. Il ne dit rien d'autre quand dans son discours de la Convention de 2004 qui constitue son acte de naissance politique sur la scène nationale, il insiste que "jamais, dans aucun autre pays sur Terre, [son] histoire ne serait même possible". 

Obama a donc fait un rêve, au sens même du terme. Un rêve forgé sur les espoirs et les refoulements inconscients d'une nation. Un rêve qui comme tous les rêves était présent nulle part et partout dans le quotidien de la campagne. Nulle part car à l'exception de son discours sur la question raciale après les propos controversés de son ancien révérend, il n'en a plus reparlé explicitement. Partout, car tout le monde et lui le premier, envisageaient toujours son élection ,le cas échéant, dans une perspective historique. Enfin, un rêve qui comme tous les rêves au départ était jugé impossible par tous. C'est ce qu'il nous rappelle dans son discours au soir de sa première victoire dans les primaires. C'était en janvier dernier dans l'Iowa. "Vous savez, ils avaient dit que ce jour n’arriverait jamais ... en cette nuit de janvier, à ce moment décisif de l’histoire, vous avez fait ce que les cyniques avaient dit qu’on ne pourrait pas faire...Vous avez fait ce que l’Amérique peut faire cette année, en 2008.''






                                                                                Benoit Sarrade

 

 

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