Que peut-on retenir du second débat présidentiel?

Publié le par Bureau de Washington

 
De l'avis général, pas grand chose. L’un des conseillers de John McCain a même qualifié le débat de mardi soir "de pire de l’histoire des débats présidentiels". Selon le Drudge Report, véritable creuset d'informations aux Etats-Unis, le débat était vraiment "boring!" Sans vainqueur, ni moment mémorable, on oublierait presque d’en parler. Sauf qu’à moins d’un mois des élections, ce débat qui a eu lieu en pleine débâcle financière était une des dernières cartouches de McCain pour inverser la tendance. Avant sa tenue, il comptait 5 points de retard sur Obama. Depuis l'avance de ce dernier oscille entre 7, 8 ou 9 selon les instituts de sondage.  En plus, Barack Obama est passé devant McCain dans certains bastions républicains où George W. Bush l'a emporté facilement en 2004.

"Boring"

Pourquoi le débat de mardi soir était si ennuyeux? Parce qu'on a rien appris de neuf sur les candidats. Ni sur leur maîtrise des problèmes actuels, ni sur leur programme. Ils n'ont même pas su faire apprécier aux téléspectateurs leur humanité et leur sens de l'humour. Dans cette période tendue, cela aurait un plus. La configuration du débat, un Town Hall Meeting, c'est-à-dire une réunion en public qui permet aux candidats d'arpenter la scène et de répondre directement aux questions des gens présents dans la salle, augurait pourtant de francs échanges citoyens qui devaient apporter ce type d'informations aux électeurs. 
 

L’ennui a été causé en partie par le présentateur du débat lui-même. Au lieu de servir de lien entre le public et les candidats, il est rapidement devenu omniprésent au point que les questions du public semblaient être les siennes. Si le "modérateur" n'a pas été le chef d'orchestre espéré, c'est aussi dû à son observation stricte des règles du débat. Avant son déroulement, les deux campagnes s'étaient mises d'accord sur toute une série de règles contraignantes (le temps imparti à chaque candidat pour répondre aux questions, l'alternance des réponses...). Ce qui a conduit à des absurdités. Par exemple, Obama s’est vu refuser l’autorisation de répondre à des attaques de McCain.


L'importance du débat a aussi pesé sur la manière qu'ont eu les candidats de l'aborder. Avant sa tenue, la campagne d'Obama a rappelé que ce type de débat avantageait McCain, très expérimenté et très à l'aise dans ce lien emphatique avec le public. Le but de cette annonce était de minimiser les attentes sur la prestation d'Obama. Son objectif n'était pas de briller mais de ne pas faire de gaffe. A cette fin, il n’est presque jamais sorti d'un discours scripté, préetabli et connu à la lettre par ceux qui suivent la campagne. Sans improvisation, ses réponses ont parfois été en décalage avec les questions du public. Par exemple, quand on lui a demandé quel type de sacrifice ,s'il était élu, il demanderait aux Américains de consentir en attendant que la situation économique s'améliore, il a préfèré attaquer George W. Bush pour avoir encouragé son peuple à faire du shopping après le 11 septembre. Et puis plus rien, pas l'once d'une réponse, pas la moindre évocation d'un quelconque sacrifice. Peut-être pense-t-il que la responsabilité individuelle dont il parle tant suffira...McCain en revanche affirma qu'il gelerait les dépenses de l'état fédéral à quelques exceptions près. Avec cette prudence calculée Obama a au moins atteint son objectif. Ni bourde, ni tâtonnement. Il est apparu serein. Il a privilégié les réponses concises et claires sur les explications plus "inspirées". Ce qui d'après les sondages Gallup renforce sa crédibilité en tant que commandant en chef. Les deux seules fois où il a initié de grandes envolées, notamment l'une portant sur l'importance des interventions humanitaires américaines, il s'est vite autocensuré. McCain, connu pour son tempérament a aussi manqué de spontanéité. Les quelques rares "moments" du débat à retenir sont pourtant à son actif.


 
Quelques moments intéressants


Pour Barack Obama, la crise financière actuelle est "la pire depuis la crise de 1929" . Elle est le "verdict de la politique économique erronée [de George W. Bush] que John McCain a soutenue". Pour sortir le pays de la crise, McCain a introduit une nouvelle proposition. Faire racheter par l'état fédéral les prêts immobiliers que les ménages ne parviennent plus à rembourser. Avec cette idée, il a retenu l'attention des foyers en difficulté. Le problème, c'est qu'il n'a pas dit comment il financerait cette coûteuse opération ni  comment il la ferait accepter à son parti qui après le Plan Paulson risque de refuser tout nouveau compromis idéologique.


Non content d'être à l'origine de la seule surprise de la soirée, il a aussi commis la seule gaffe du débat. Il a appellé péjorativement Obama, celui-là (that one). Après avoir dénié regarder Obama pendant le premier débat, il lui a ici clairement manqué de respect. Des supporters du sénateur de l'Illinois ont décidé d'exploiter ce manque de courtoisie. Dès le lendemain du débat des t-shirts à l'effigie de la campagne d'Obama barrée du désormais célèbre "That One" étaient en vente. Contrairement à cet été où McCain appelait Obama l'Elu, "The One", "That one" exprime clairement une idée de mépris. Un conseiller de McCain cherchant à détendre l'atmosphère explique que si son candidat a employé "that one", "c'était en fait pour rire"....

 
"Tant mieux" car on a même pas pu pleurer dans ce débat. Le moment dramatique que tout le monde attendait n'a pas eu lieu. Avant le débat, Sarah Palin avait accusé Obama de « copiner avec des terroristes » faisant référence à ses liens jusqu’en 2005 avec l'ancien militant de la gauche radicale Bill Ayers, co-fondateur d'un groupe ayant commis des attentats sur le sol américain dans les années 60. Comme McCain est mal en point dans les sondages depuis que la crise financière s’est invitée dans la campagne, tout le monde pensait qu'il tenterait un coup. Il n’en fut rien. McCain n'a jamais mentionné jamais Ayers. Et Obama qui avait promis de contre-attaquer si Ayers était évoqué n'a pas rappelé aux électeurs américains "l’affaire des Keating five", ni même les liens passés entre John McCain et une organisation privée ayant soutenu les paramilitaires d'extrême droite en Amérique centrale. Néanmoins les échanges musclés n'ont pas tardé à faire leur apparition. Par exemple, McCain a attaqué Barack Obama et "ses associés" pour avoir reçu des centaines de milliers de dollars de Fannie Mae et Freddie Mac, les géants du refinancement hypothécaire qui ont fait faillite. Obama a rétorqué à McCain que son propre directeur de campagne, Rick Davis, était mouillé avec ces institutions.


 
Le vainqueur, c’est Obama

Au lendemain du débat, le New York Times concluait que «Rien n'indique que le débat ait apporté quoi que ce soit pour changer le cours d'une campagne qui semble pencher en faveur d'Obama». Quant aux sondages du public, il donne Obama gagnant. Selon CNN, 54% des téléspectateurs interviewés pensent que Obama a gagné le duel contre 30% pour John McCain.


Mercredi prochain a lieu le dernier débat. Et à cette occassion comme jusqu'au 4 novembre, McCain va tout mettre en oeuvre pour transformer l'élection en référendum sur l'expérience et l'honnêteté d'Obama. Aujourd'hui en campagne, il a exhorté dans l'Ohio le public de se demander qui est vraiment le sénateur Obama.
«Est-il le candidat qui parle de réglementation ou le politicien qui a accepté l'argent de Fannie Mae et Freddie Mac, et fermé les yeux lorsqu'ils ont fait tomber notre économie dans le fossé?». «Est-il le candidat qui promet le changement ou le politicien qui a cédé à tout ce qui est mauvais à Washington?»
                                                                                                                                               
                            Benoît Sarrade
 
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