Les veep entrent dans l'arène

Publié le par Bureau de Washington

L’unique débat entre les candidats à la vice présidence a lieu ce soir à l’Université Washington de Saint-Louis située dans l'état du Missouri. Dans ce débat de 90 minutes, les candidats disposeront de 90 secondes pour répondre à chaque question. Une fois que chaque candidat aura répondu s'ouvrira un débat de 2 minutes avec interdiction pour les candidats de s'adresser l'un à l'autre. Ce curieux « principe de non-échange » a été requis par l’équipe de McCain pour éviter à sa candidate d’être mise sous pression par Joe Biden, le choix d'Obama pour la vice-présidence. 


 60 millions de téléspectateurs pourraient regarder le débat. S'il est atteint, ce chiffre est exceptionnel car d'ordinaire ces débats entre colistiers n’exaltent pas les foules ni n'influent sur le résultat final des élections. Depuis qu'ils existent, un seul moment de ces débats télévisés est resté dans les mémoires. C’était en 1988. Dan Quayle, le colistier de George H. Bush pressé par son rival sur sa prétendue inexpérience pour être président le cas échéant contre-attaqua en comparant la sienne à celle de John Fitzgerald Kennedy quand ce dernier devint président. Son adversaire, le candidat démocrate Lloyd Bentson lui rétorqua alors : « Sénateur, j'ai servi sous Jack Kennedy. Je connaissais Jack Kennedy. Jack Kennedy était mon ami. Sénateur, vous n'êtes pas Jack Kennedy. »

 
A l’image de Quayle en 1988, l’expérience politique de Sarah Palin est considérablement questionnée. Ni son passé de maire d’une petite bourgade d’Alaska ni son expérience de gouverneure de ce même Etat depuis un peu moins de deux ans n'ont convaincu les Américains de ses compétences. Seul 39% pensent qu’elle est qualifiée pour « le job » contre 57% pour Biden. Avec la crise financière, la guerre en Iraq et la dégradation de la situation en Afghanistan, les électeurs américains évaluent de plus en plus les candidats par le prisme de l’expérience. Tout avait pourtant bien commencé pour Palin.

 

A
près sa présentation au public puis son discours à la Convention républicaine, elle avait suscité des réactions passionnées. On disait qu'elle avait redonné "l'envie d'y croire aux républicains". Grâce à elle, les récoltes de fonds de McCain décollaient. Plusieurs facteurs expliquaient ce qu'on appellait alors "l'effet Paline". Son histoire personnelle attirait l'attention. Sa jeunesse et sa beauté contrastaient avec McCain. Les Américains pensaient avoir trouvé en elle quelqu'un qui les comprenaient. Mais depuis une dizaine de jours sa popularité stagne sinon recule. Les derniers sondages montrent que moins de 35% des Américains en ont aujourd’hui une opinion favorable contre près de 60% il y a quelques semaines.
 
 
Cette baisse a en partie été causée par ses trois interviews avec des télés américaines. Se protégeant un temps des médias nationaux américains, elle a finalement décidé accorder des interviews à ABC,  Fox et CBS. La dernière en date a été particulièrement laborieuse. Notamment lorsqu'elle n’a pas su citer un seul projet de loi en matière économique dans lequel John McCain a pris à revers son propre parti pour le bien du pays alors qu’elle s’emploie sans relâche à cultiver son image de maverick, c'est-à-dire celle d'un politicien qui tend la main à quiconque indépendamment de son étiquette politique pour faire passer les réformes qu'il juge nécessaire à l’intérêt du pays. Ou pire quand Palin fut incapable de citer le nom des journaux qu'elle lit alors qu'elle a un mastère en journalisme. Depuis ces 3 interviews, les comédiens des show télévisés américains se délectent de l'incohérence de ses réponses.


Pour tenter de ratrapper la situation, McCain l'a "séquestrée" avec sa famille dans son ranch en Arizona. C'est là qu'elle prépare intensivement le débat. Henry Kissinger lui sert de Pygmalion en politique étrangère. Son rival, Joe Biden, lui pour s'entraîner s'est contenté d'une chambre dans un hôtel de Wilmington, la plus grande ville de l’Etat dont il est sénateur.

Le débat de ce soir va donc être l’occasion pour Palin de se re-présenter aux électeurs américains. Face à Joe Biden de 21 ans son aîné, élu au Congrès depuis près de 40 ans et qui au fil des années a acquis la réputation d’expert en politique étrangère, le débat aura aussi des allures de "grand oral pour Palin". A ce titre, Joe Biden devra veiller à ne pas être condescendant envers Palin. A défaut, il alimentera le leitmotiv de Palin selon lequel ce sont des élites détachées des réalités locales des Américains qui dirigent le pays. Enfin, les ex-adversaires de Palin le répètent, c’est quand elle est dos au mur que l’ancienne miss est la plus redoutable. 

                                                                        Benoît Sarrade

 

 

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