Pourquoi Jackson a dit vouloir « couper les c. » d’Obama

Publié le par Bureau de Washington

 

La scène parait un peu surréaliste. Jesse Jackson, un ancien candidat noir à la nomination démocrate, chuchote à un autre invité avant le début d'une émission de la chaîne Fox News , «je veux lui couper les c...» en parlant de...Barack Obama, dont il est censé être plus ou moins proche. Au cours de la même scène, le révérend Jackson, explique alors qu'il croit son micro éteint, qu'il en veut au sénateur de l'Illinois pour s'être «mal adressé aux noirs», notamment à l'occasion de la fête des pères.

A cette date, Obama s'était rendu dans une église de Chicago accompagné de sa femme et de ses deux filles. Il avait alors fustigé les pères absents «qui ont fui leurs responsabilités et se comportent comme des gamins, pas comme des hommes». Avant d'ajouter, «vous et moi savons à quel point c'est vrai dans la communauté noire».

Si dans une interview accordée aujourd'hui à CNN, le pasteur Jackson dit «regretter ces grossièretés" enregistrés, assure-t-il, à son insu, celles-ci traduisent un sentiment de plus en plus prégnant dans la communauté noire à l'égard d'Obama. Quand il explique les difficultés de la communauté afro-américaine, il la stigmatise trop, lui reproche-t- on. "Comme si elle était seule responsable de ses problèmes". Par exemple dans son discours de la fête des pères, après avoir rappelé que plus de la moitié des enfants noirs vivent avec un seul parent, une situation qui les rend 5 fois plus susceptibles de quitter l'école avant l'heure, et 20 fois plus susceptibles de finir en prison, il a ajouté "nous avons besoin que les pères réalisent que leurs responsabilités ne s'arrêtent pas à la conception."

Mais l'aigreur vis-à-vis d'Obama est plus profonde. En particulier chez certains anciens leaders du mouvement pour les droits civiques des Noirs américains dont font partie M. Jackson et le révérend Wright. Pour eux, ses propos sont ceux d'un politique. S'il néglige la responsabilité des gouvernements successifs pour expliquer les difficultés actuelles de la communauté noire, c'est pour séduire les indépendants et une partie de l'électorat blanc. Bref, pour certains, quand Obama sermonne les noirs, il courtise avant tout les blancs.

Si ce ressentiment chez les noirs persiste, le risque pour Obama, c'est une polarisation ethno-racial de sa campagne. A la fois parce que l'électorat noir lui demandera d'apparaître plus comme le candidat des noirs. Et parce que chacune de ses tentatives pour séduire les blancs des classes moyennes sera dénoncé.

L'incident Jackson rappelle donc qu'un des premiers défis d'Obama dans cette campagne reste sa couleur de sa peau. Si dans les primaires, il a réussi à dépasser le clivage racial qui pèse tant sur la société américaine au point d'être qualifié de candidat post-racial, les récents événements montrent que pour gagner il devra faire mieux que dessiner les contours d'une Amérique post-raciale.



                                                                                 Benoît Sarrade

 

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