Pour Obama, tout n'est pas à jeter chez Bush

Publié le par Bureau de Washington

Des centaines de personnes qui avaient donné de l'argent aux campagnes de George W. Bush financent maintenant celle de Barack Obama. La pilule passe d'autant plus mal pour son adversaire, John McCain qui bien que caricaturé de plus en plus comme le continuateur des politiques de Bush, peine "à hériter" de l'argent des anciens bienfaiteurs du président. D'après un récent rapport du Congrès américain, seuls 5,000 des 60,000 plus importants donateurs de M. Bush auraient contribué à sa campagne. A titre comparatif, Obama qui a déjà pulvérisé tous les records de collecte de fonds surprend par sa capacité à capter l'argent de donateurs répertoriés jusque-là comme des "bushistes". 850 des plus importants donateurs de Bush ont ainsi permis à Obama de lever plus de de 1,7 millions de dollars.



McCain avec 4,5 millions de dollars recueillis chez ces derniers devance toujours Obama. Mais leur résistance à financer sa campagne peut étonner quand on pense que Bush et McCain appartiennent au même parti. Et qu'en schématisant, on peut dire qu'ils partagent une certaine vision de l'Amérique. Par exemple, McCain veut rendre les déductions fiscales créées par Bush et principalement destinées aux foyers riches, permanentes. Quant à la guerre en Irak,  tous les deux veulent la victoire, coûte que coûte et même si les troupes américaines doivent rester sur place "cent ans", précise McCain. A l’inverse, Obama n'a à priori pas les qualités prérequises pour séduire des gens qui moins de 4 ans plus tôt souhaitaient ardemment la poursuite des politiques de Bush au point de verser d'importantes sommes d'argent à  sa campagne de réelection. En effet, Obama est un des démocrates les plus progressistes du Sénat. Il est favorable à l'avortement. Opposé à la guerre en Irak dès 2002, il plaide aujourd'hui pour un retrait rapide des troupes. Enfin, si c'est dans l'intérêt des Etats-Unis, il se dit prêt à négocier directement et sans condition avec Ahmadinejad. Bref, sur de nombreux points, M.Obama s'affiche comme l’anti-Bush. 



Pour expliquer l'intérêt de ces donateurs pour Obama, les "cyniques" expliquent que ces gens cherchent simplement à se donner bonne conscience après avoir contribué à faire élire et réélire celui qu’ils qualifient de « pire président de l'histoire des Etats-Unis ». Mais surtout, ce sont des "opportunistes avides de bénéfices". "Ils cherchent à être en bon terme avec la prochaine administration afin de faire des affaires." Bush et les républicains impopulaires, voilà qu'ils "soutiennent ceux qui ont les meilleures chances d'aller à la Maison Blanche". La même hardiesse expliquerait selon les critiques de ces donateurs pourquoi Hillary a elle aussi récolté plus de 1,2 millions de dollars de ces derniers.



Pour Allen Larson, c'est l'intérêt du pays pas le sien qui a guidé son choix. Cet avocat du Massachusetts qui vient d'envoyer un gros chèque à Obama dit pourtant regretter celui qu'il adressa en 2004 à la campagne de Bush. Séduit par l’aptitude d’Obama à rassembler les gens, il s'excuse presque d'avoir songé que l'actuel président ait la même habilité. « Bush avait promis de réunir le peuple américain mais son message était en fait plein de contradictions que je n'avais pas vues à l'époque» confie-t-il. La même promesse de faire réalité l’idée qu’il y a les Etats-Unis d'Amérique et non pas une Amérique conservatrice et une Amérique démocrate, lui semble parfaitement concevable quand exprimée par Obama. "Cette fois, ce sera possible parce qu'Obama est honnête, intelligent et qu'il a une histoire personnelle différente de celle du président Bush" argumente-t-il. Avant d'ajouter, qu’Obama est aussi « le seul capable de restaurer les alliances et le prestige des Etats-Unis dans le monde. »



Selon Anthony Corrado, professeur de sciences politiques à Colby University, beaucoup d’ex-bienfaiteurs de Bush, qu’ils soient républicains ou indépendants, vont encore se décider pour Obama. Parce qu'ils sont eux-mêmes déçus par M.Bush, que financer McCain est très impopulaire dans l'opinion qui l'interprète comme le souhait d'avoir un "troisième mandat Bush" et que même en période de grande incertitude économique, Obama offre un message frais et positif.



Parmi ceux qui après avoir placé de l'argent sur Bush ont choisi Obama, on trouve notamment Julie Nixon Eisenhower, la fille de l'ex-président républicain Nixon et épouse du petit fils de l’ancien président républicain Dwight Eisenhower. Il y a aussi, Connie Ballmer, la femme du PDG de Microsoft, ou bien encore Ritchie Scaife, la femme du magnat Richard Mellon Scaife. Ex fans de Bush, toutes sont maintenant disposées à faire table rase de ces « années folles». Et comme tant d'autres, elles voient dans Obama la promesse d'une Amérique capable à nouveau de surprendre la planète entière.



On notera qu'au fond, ce que Obama doit à Bush, c'est pas ces 1,7 millions de dollars. Mais plutôt d'avoir créé involontairement les conditions propices à une campagne centrée sur le rejet du bilan de ses politiques. Les discours faisant l'apologie de la rupture semblent en effet "être taillés" pour le jeune sénateur. D'autre part, avec le vote autorisant le recours à la force armée contre l'Irak en 2002, Bush a indirectement mis Hillary Clinton "dans le coup" . Obama se serait-il cru capable de rivaliser avec l'ex-première dame si elle n'avait pas voté pour la guerre? Enfin et surtout, Bush a ouvert la voie à Obama en préparant le peuple américain à avoir aux plus hauts postes de l'État des Africains américains en nommant Colin Powell puis Condoleezza Rice, secrétaire d'Etat.


                                                                                                            
                                                                                                                            
                                                                    Benoît Sarrade       
                               

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DE MISSY 15/06/2008 12:26

Mr,Benoit Sarrade, je vous félicite de votre blog au sujet des informations toujours pertinentes et quelques fois cocasses sur les élections américaines que je visite très régulièrement avec délectation.Peut être que je me trompe et je le souhaite vivement mais j'ai l'impresion de sentir de plus en plus sur ce blog et comme d'autres blogs que je visite sur le même thème une partialité des journalistes en faveur de Obama que moi même je soutiens fortement mais qui commence à me déranger sérieusement.J'aurais aimé que Obama et McCain soient traités de la même façon dans la presse,la télévision et sur le net.Le journalisme est avant tout l'impartialité des jugements,si les goûts et les attachements personnels entrent en jeux alors l'ensemble est faussé,à cause de tout ça je commence à m'attacher à McCain que je vois bien comme un très bon futur président.