La dernière cartouche de Hillary n'a pas fait mouche

Publié le par Bureau de Washington

 

 
Fin du combat sur la Floride et le Michigan

 

 

Hillary Clinton plaidait depuis des mois pour que les délégués simples du Michigan et de la Floride qui n'étaient pas comptabilisés jusqu'à présent aient le pouvoir de voter lors de la convention démocrate d'août chargée de désigner le candidat démocrate à l'élection présidentielle. Avec le rejet samedi soir de sa proposition par 15 voix contre 12 par une commission ad hoc du parti démocrate, réunie spécialement pour étudier le cas des délégués de ces deux Etats, c'est le dernier argument de Mme Clinton pour rester dans la course qui semble s'être envolé. Ces deux Etats, en avançant la date de leur primaire pour peser plus dans la désignation du candidat officiel, s'étaient attirés les foudres du parti démocrate en 2007 qui avait décidé que les délégués de ces États ne seraient pas pris en compte. Avec la décision prise ce soir, les deux Etats ne payeront finalement pas au prix fort leur rébellion. En revanche, comme c'est la proposition de compromis, soutenue par Barack Obama, qui vient d'être approuvée à l'unanimité par la commission dite des règlements et du statut, Hillary semble ne plus avoir les munitions pour continuer à se battre. Suite à cette décision, elle comble à peine son retard en termes de délégués tandis qu'Obama malgrè un nouveau "chiffre magique" de 2117 n'est plus qu'à une soixantaine de délégués de la nomination. Explications.

 

 

 


1) Pourquoi en est-on arrivé là?


D'après les règles décidées par le parti démocrate, aucun État n'était autorisé à tenir ses primaires ou ses caucus avant le 5 février à l'exception de l'Iowa, du New Hampshire, du Nevada, et de la Caroline du Sud
.

Or, malgré les injonctions de la direction du parti démocrate de ne pas tenir compte à la convention nationale du vote de leurs délégués, le Michigan et la Floride ont respectivement tenu leurs primaires le 15 et le 29 janvier. Avant la réunion de la "commission des règlement" de ce matin, la posture officielle était donc simple. Le Michigan et la Floride ne seront pas autorisés à voter à la Convention de Denver d'Août.




2) Pourquoi le Michigan et la Floride se sont obstinés?

D'une part, les primaires ressemblent généralement à un processus "moutonnier" ou boule de neige.

Les primaires ne se déroulent pas le même jour à travers tout le pays. En 2008, elles ont commencé en janvier et s'achèveront le 3 juin. Or, les précédentes primaires ont montré que le caucus de l’Iowa et la primaire du New Hampshire qui ouvrent la saison électorale ont une influence énorme sur le nom du nominé. Ils opèrent comme un premier filtre et permettent de distinguer les concurrents "sérieux" d’une longue liste d’aspirants. L'attention des médias et des électeurs se concentrent alors sur ceux qui ont fait de bons scores dans ces deux Etats tandis que les autres candidats quittent peu à peu la course. En 2008, au 30 janvier et donc avant le Super Tuesday, seuls 3 candidats démocrates (Obama, Clinton, Gravel) étaient encore en lice alors que seulement 4 Etats sur 50 avaient légalement tenus des primaires. Le Michigan depuis plusieurs années se bat contre ce "privilège" de l'Iowa et du New Hampshire. Notamment, parce que ces deux Etats ne représentent que 4 millions des 300 millions d'habitants soit 1,33% de la population étasunienne. Ensuite, parce qu'ils ne réfléchissent pas la diversité ethnique du pays. La population blanche compose 97% de la population de ces états.


D’autre part, alors qu'il faut en principe trois à quatre mois pour connaître le nom du nominé, les dates des primaires cette année ont été très concentrées. Du 5 au19 février, 31 Etats ont voté. Les experts pensaient ainsi que le nom du futur nominé serait connu au plus tard le 19 février.




3) Pourquoi l'affaire a trainé jusqu'en mai?

Hors de ces états, l'affaire n'intéressait plus grand monde jusqu'à ce qu'Hillary y voit le moyen de sauver sa campagne.

Jusqu'à ce qu'elle soit en difficulté pour la nomination, Hillary acquiesçait à la décision du parti.
Si contrairement à Obama, son nom était sur les bulletins de vote du Michigan, elle déclarait à la radio public américaine que c'était sans importance car cette primaire était purement symbolique.

Son manque d'intérêt pour le vote de ces états s'explique par le fait qu'elle était présentée comme "inévitable" il y a encore 7 mois. Elle devait l'emporter haut la main. Même si la Floride et le Michigan représentent 8% des délégués démocrates siégeant à la Convention, elle n'imaginait pas le vote de ces deux Etats rebelles essentiel à sa nomination, pire à son maintien dans la course.

Puis vint sa défaite dans l'Iowa et le fait qu'elle commença à concéder des délégués à Obama à chaque primaire. Elle insista alors de plus en plus auprès du comité du parti démocrate pour que le résultat de ces deux Etats où elle avait gagné avec une marge confortable soient pris en compte, ce qui, à défaut de lui donner le nombre de délégués nécessaires pour combler son retard sur M. Obama, lui permettrait de revendiquer une avance dans le vote populaire.

Quant à Obama, l'insistance de Hillary sur le Michigan et la Floride l'a obligé à préparer sa contre-attaque. Dans un premier temps, il a reconnu l'importance des deux Etats pour l'élection d'un président démocrate. Depuis 60 ans aucun candidat démocrate n'a gagné la Maison Blanche sans remporter le Michigan. Quant à la Floride, il suffit de se rappeler l'élection de 2000 et du litige Bush- Al Gore pour comprendre la sensibilité des Américains vis-à-vis du vote de cet état. Soucieux de ne pas froisser les électeurs de ces deux Etats aux fins d'obtenir leur soutien en novembre, il proposa un compromis à Hillary qu'elle rejeta. Celui-ci sera finalement celui adopté samedi 31 mai par la commission des règlements et du statut du parti démocrate.




4)
Les enjeux
de la réunion de la commission

Avec cette décision, la candidature de Mme Clinton était en jeu ainsi que la date à laquelle Obama pourra réclamer l'investiture.

- Avant la réunion, Hillary ne pouvait plus gagner par les urnes (voir graphique sur délégués simples sans compter MI et FL) Mme Clinton espérait ainsi que la décision de la commission lui permette de combler sensiblement son retard sur M. Obama en terme de délégués, et lui permette de revendiquer une avance dans le vote populaire.  

- D'autre part, avec l'annonce d'un compromis sur la Floride et le Michigan, le "chiffre magique" nécessaire pour réclamer l'investiture allait augmenter d'une centaine de délégués.  Ce qui permettait à Hillary de gagner du temps pour chercher un nouveau moyen de battre Obama. 

En effet, si on ne comptait pas les délégués de la Floride et le Michigan, Barack Obama était à une quarantaine de délégués du "chiffre magique" des 2026 délégués nécessaires pour pouvoir remporter l'investiture du parti. Il devait l'atteindre très prochainement avec les dernières primaires à venir (Porto Rico le 1er juin, Montana et Dakota du Sud, le 3 juin) et le ralliement de nouveaux super délégués.

- «Quel que soit le compromis... il avantagera la sénatrice Clinton" concédait David Plouffe le chef de campagne de Barack Obama.

Cependant, le camp Obama avait un compromis type en tête. Avantagant suffisamment Hillary pour être jugé acceptable par ses supporters, il devait néanmoins tenir Hillary à distance d'Obama en termes de délégués.

5) Qu'est ce que c'est la «Commission des règlements et du statut»?

La «Commission des règlements et du statut» (RBC) est une commission ad hoc du parti démocrate réunie pour étudier le cas des délégués de deux Etats sanctionnés l'an dernier.

De ses 30 membres, 13 soutenaient Mme Clinton avant la réunion, 8 M. Obama et 9 n'avaient pas officiellement pris position. Pour l'histoire, on remarquera qu'un couple marié était membre de la commission. Elle, Carol Fowler, était pour Obama. Lui, Donald Fowler, défendait le plan d'Hillary.

Très peu connue jusqu'alors, deux de ces membres sont pourtant des célébrités.Jim Roosevelt (ci-dessous au milieu) , le petit-fils du président Franklin Roosevelt et Donna Brazile, ex-directrice de campagne de Al Gore en 2000 et première femme Afro-Américaine à diriger une campagne.
Présentée comme non engagée, elle semblait pourtant avantager le plan d'Obama notamment pour avoir dit que le "Michigan et la Floride ne peuvent pas impunément défier les règles, sinon il n'y a plus de règles."

 

A la lecture du règlement de la commission ad hoc, une équipe de juristes du parti démocrate déclarait que la commission avait seulement autorité pour faire siéger la moitié des délégués des deux Etats. L'équipe de Mme Clinton s'opposait au contenu de cette déclaration en affirmant que la commission avait le pouvoir de faire siéger l'ensemble des délégués à la convention. La commission suivra finalement les recommandations des juristes du parti démocrate.



6) Plan de chaque candidat et scénarios possibles

La commission statuait sur deux questions. Est ce que les délégués des deux Etats rebelles ont le droit de voter à la convention? Si oui, dans quelle proportion?

 
La commission pouvait confirmer la décision initiale du comité du parti démocrate. Dans ce cas,
les primaires de Floride et du Michigan ne seraient pas prises en compte. Mr Obama avec 200 délégués d'avance sur Hillary et à 43 délégués d'assurer la nomination, clôturait les primaires en vainqueur.

A l'inverse si la commission approuvait le plan d'Hillary, Obama toujours en tête de 81 délégués aurait eu besoin de 155 nouveaux délégués pour réclamer la nomination. Ce plan prévoyait de faire figurer les délégués de deux Etats à la Convention en tenant compte des résultats de janvier qui n'attribuent aucun délégué du Michigan à Obama.

Enfin, il y avait le scénario que la commission a finalement suivi et auquel elle semblait favorable avant même la réunion. Ce scénario était celui proposé par Obama. La moitié des délégués de la Floride et du Michigan pourrait siéger avec une pleine capacité de vote ou bien la totalité de la délégation de chacun des deux Etats pourrait siéger avec pour chaque délégué une demi-voix. 



7) Que faut-il retenir de la décision?

C'est un revers pour Hillary. Son plan n'a pas été approuvé. Le Michigan et la Floride siégeront bien à la Convention démocrate de Denver. Mais Mme Clinton qui réclamait 73 délégués dans le Michigan contre 0 pour Obama en aura 69 délégués et Barack Obama 59. En plus, chaque délégué ne représentera qu'un demi-vote alors qu'elle exigeait que chaque délégué soit restauré dans ses pleins droits, c'est-à-dire un délégué égale un vote.

Le Comité accepte de répartir les délégués de l'Etat de Floride selon les résultats des primaires de janvier, soit 105 délégués pour la sénatrice de New York et 67 pour son rival de l'Illinois. Chaque délégué ne se verra toutefois accorder qu'un demi-vote, en guise de pénalité.


Conclusion:
- Hillary comble un peu son retard avec 24 nouveaux délégués. Obama a maintenant 178 délégués d'avance.

- Il manque 65 délégués à Obama pour pouvoir réclamer la nomination. Le nouveau "chiffre magique" est  2118 ou 2117 pour certains.

Avant la décision, Hillary ne pouvait plus battre Obama par les urnes. C'est toujours le cas.

D'autre part, la décision peut-être interprétée comme à double tranchant pour Hillary: à son inititive le vote de la Floride et du Michigan a été converti en délégués ce qui logiquement devrait  maintenant l'empêcher de fonder la légitimité de la nomination sur la base du vote populaire, pour lequel elle "dit" être en tête. 

 


                                                                                      Benoît Sarrade

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