Giuliani, de gauche à droite

Publié le par blog-elections-americaines-tf1

Étonnant dessin : le candidat républicain Rudy Giuliani en uniforme nazi et arborant un brassard « 9-11 » (11 septembre). D'autant plus étonnant que ce dessin n'est pas l'œuvre d'opposants démocrates ou de militants anti-guerre, mais se trouve à la Une du magazine The American Conservative (Le Conservateur américain, un titre plutôt clair).

On avait plutôt l'habitude d'entendre les Républicains critiquer Giuliani pour son manque de valeurs conservatrices traditionnelles : il s'est prononcé pour le droit à l'avortement, pour le contrôle des armes à feu, il n'a rien contre les gays et sa vie personnelle ne ressemble pas vraiment au manuel du parfait évangéliste. Bref, pour beaucoup dans le camp conservateur, Giuliani est bien trop de gauche, socialement parlant, pour les représenter. Pour ce qui est de la politique étrangère en revanche, Giuliani est tout sauf un modéré. Il a soutenu presque inconditionnellement la guerre en Irak et la torture des suspects de terrorisme ; c'est un tenant de la ligne dure contre l'Iran et il s'est également toujours opposé aux négociations de paix avec les Palestiniens. En 1995, alors maire de New York, il avait par exemple fait expulser manu militari Yasser Arafat du Lincoln Center, où ce dernier assistait à un opéra.

L'article de The American Conservative est titré : « Moi, Rudy, je déclare la guerre perpétuelle ». Sur le dessin, il tient entre ses mains un livre intitulé « La IVe guerre mondiale » (dans les milieux républicains, la guerre froide est souvent comptée comme la IIIe). Cette revue est en fait édité par un cercle de réflexion qui critique le bien-fondé d'une diplomatie américaine trop interventionniste et trop aventureuse, dont Giuliani serait le continuateur zélé. Mais ne voyez pas là une critique venant d'un cercle de Républicains de gauche : ici, ça ne voudrait rien dire. Quelques pages plus loin on apprend ainsi que le Parti républicain perdrait son âme avec un candidat comme l'ancien maire de New York, qui a osé « défiler dans des parades lors de la Gay Pride ». C'est probablement pour faire oublier ces graves « tares anti-conservatrices » que Rudy Giuliani promet une politique étrangère encore plus dure que celle de George Bush.

Tristan Dessert

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