Caucus, Primaires, on n’y comprend rien

Publié le par blog-elections-americaines-tf1

Vous n’y comprenez rien, c’est normal, moi non plus, et pour les Américains c'est pareil tellement c’est compliqué et obscure. Comment résumer un tel fouillis ?

La seule et unique élection présidentielle c’est en novembre. Ce qui commence aujourd’hui, c’est un vote interne chez les Républicains et les Démocrates pour désigner leur candidat (un peu comme au Parti Socialiste français l’année dernière). Dans chaque Etat, les militants vont  voter pour des délégués qui désigneront fin août le candidat officiel du parti. A partir d’aujourd’hui, les Américains vont donc voter pour un représentant de leur candidat préféré.

 

 

Vous suivez ? Parce que vous n’avez encore rien vu. Aux Etats-Unis, chaque Etat organise lui même les modalités de son propre vote : la date et la façon de voter. Tout cela va s’échelonner entre le 3 janvier (dans l’Iowa) et le 3 juin. Dans certains Etats, il s’agit de "Primaires" (un vote), dans d’autres de "Caucus" (une discussion interminable entre militants dans une salle obscure avant de choisir). Dans certains Etats, il faut être un adhérent du parti pour voter, dans d’autres, il suffit d'être inscrit sur les listes électorales. Parfois, il est même possible de voter à la fois pour les Démocrates et aussi pour les Républicains (évidemment, dans le camp que l’on apprécie le moins, on peut voter pour le pire candidat…) Et comme si ce n’était pas encore assez compliqué comme ça, les Républicains et les Démocrates ne votent pas toujours de la même façon. Parfois, ils ne votent même pas à la même date. Bref, il n’y a que les politologues qui s’y retrouvent.

Caucus, le destin de la nation se trouve dans un Etat reculé

 Le caucus américain, une exclusivité mondiale
Caucus trouve son origine dans un vieux terme des Indiens d’Amérique, cau-cau-as-u autrement dit "celui qui conseille ». En fait, c’est plus une foire d’empoigne qu’un vote.

Commençons par le caucus chez les Démocrates de l’Iowa, c’est le plus rigolo. Les votants s’entassent dans une église, une bibliothèque, une école, parfois même chez l’un d’entre eux. Se forme alors dans un coin le clan des pros Hillary, dans un autre le coin des pros Kucinich (si si, il existe celui là) et ainsi de suite. Ca discute, ça discute et on essaie de convaincre les indécis. Au bout d’un certain temps, tout le monde se compte. Les groupes qui représentent moins de 15% des votants sont éliminés mais ces individus ont encore le droit de changer de camps. Alors, on recommence : les autres ont une demi-heure pour les faire venir chez eux. Et on recompte.

Chez les Républicains, il n’y a pas la règle des 15% et chaque fond de campagne décide de sa propre façon de voter : petits groupes dans la salle, ou à main levée ou à la majorité. Tout cela se joue de nuit dans chaque circonscription (rien que dans le petit état de l’Iowa, il y en a 1784).

 

Evidemment ce minuscule état de l’Iowa n’a absolument aucune incidence sur le vote final car il y possède très peu de grands électeurs (46 grands électeurs républicains sur un total de 4366, ça ne fait pas le poids). Georges Bush (le père) était arrivé troisième, ca ne l’a pas empêché d’être président. Bill Clinton, lui, n’y avait recueilli que 3% des voix. Mais comme c’est le premier caucus, tous les médias se jettent sur les vainqueurs : il y a quatre ans, personne n’avait remarqué John Kerry avant l’Iowa. Contre toute attente, il l’a remporté, a pris d'office la place de favori et a gagné l’investiture démocrate. C’est aussi juste après l’Iowa que commence le jeu complexe des alliances, des retraits au bénéfice d’un autre candidat et autre petite cuisine électorale.

Un des partisans d’Hillary Clinton vient de déclarer que ce système d’élection était parfaitement anormal parce que les votants, très peu nombreux, ne représentaient pas grand monde. Il trouve qu’on donne beaucoup trop d’importance à cette élection mineure et « non démocratique ».

Pierre Grange

Hillary se ridiculise pour que ses électeurs se déplacent au caucus

 

Hilarant. Bill Clinton qui crache ses poumons en pleine séance de cardio-training, Hillary qui chante comme une casserole, des militants démocrates qui dansent n’importe comment, cela ressemble à une vidéo d’un opposant politique. Pas du tout, c’est Hillary qui fait dans l’autodérision. Faire un régime, c’est difficile. Danser, c’est difficile. Chanter aussi. Mais voter a un caucus c’est simple, alors bon sang de bon soir, sortez de chez vous, allez voter, et emmenez vos voisins tant que vous y êtes. 

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tom 05/01/2008 16:12

J'adore l'importance politique de l'événement et à la fois le grand n'importe quoi avec lequel c'est réalisé. Y a pas à dire : ils sont forts ces americains !