La défaite en chantant

Publié le par blog-elections-americaines-tf1


C’est le genre de candidat dont on ne parle que lorsqu’il se retire de la course. Pour gagner l’investiture démocrate, il faut remporter 2000 délégués aux Primaires. Pour le moment, Dennis Kucinich n’en n’a remporté que… 0. Alors aujourd’hui, il a décidé de jeter l’éponge.

Dennis Kucinich se partageait avec Mike Gravel (qui lui est toujours en course malgré ses 0% d’intentions de vote) la gauche du parti démocrate : pour une assurance maladie à la Française, pour le mariage homosexuel, pour l’Etat Providence. Ce congressman de l’Ohio trouve que les Clinton, Edwards et Obama incarnent la droite de la gauche. Et comme tous les hommes politiques américains, c’est un show man : le voilà en train d’entonner un chant d’esclaves face au très charismatique démocrate noir Jesse Jackson. Kucinich ne supporte pas ce que la plupart des démocrates pense : que l’Etat ne peut pas tout, que c’est à chacun de se prendre en main. Pour lui, une grande partie de la population américaine est exclue de l’ascension sociale, l’égalité des chances n’existe pas aux Etats-Unis d’Amérique. Et il l’explique en chantant à Jesse Jackson. Avec une assez belle voix.

 

 

Je sais ce que c’est que les perspectives d’avenir. Apres tout, j’ai été un conseiller, un maire, un membre du Congrès, j’ai appris ce que c’était que la perspective d’ascension sociale. J’ai appris que si on y croit, on peut tout concevoir et tout rendre possible. J’ai aussi appris ce que c’est que de se hisser à la force du poignet. J’ai aussi vu le cynisme de Jesse Jackson qui va dire au gens de se hisser à la force du poignet mais qui leur vole la corde pour se hisser. J’ai vu des gens croire au grand rêve mais rester coincés en chantant « 16 tonnes » (chant d’esclave).

« On a déchargé 16 tonnes et qu’est ce qu’on a gagné ? Une nouvelle journée, encore plus vieux et encore plus endetté. Saint Pierre ne m’appelle pas, je ne peux pas venir. J’ai vendu mon âme au magasin de mon patron. »

Nous ne reviendrons pas aux années de « 16 tonnes » !

Du coup, en lice il nous reste Mike Gravel (insignifiant) et Edwards face au duel Clinton/Obama. Edwards va finir par se retirer et ce qu’il dira à ce moment là pourra aider l’un des deux grands favoris. Qui va-t-il soutenir ? On aurait pu penser Obama car leurs deux programmes sont particulièrement proches et surtout parce qu’il tape depuis des semaines sur Hillary. Mais de façon surprenante, depuis quelques jours, il réserve quelques piques à Obama, comme s’il s’apprêtait à changer de camp. Edwards se présentait déjà comme viceèprésident derrière John Kerry en 2004. Il a donc peu de chance d’occuper la même place cette année (il pourrait passer pour un has been). Il a en revanche bien l’intention de monnayer son départ.

Pierre Grange

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